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Rendre les désaccords féconds

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La manière dont les sociétés organisent leur vivre ensemble constitue la grande question politique de l'humanité. Pendant longtemps c'est la guerre, ou en tout cas son hypothèse, qui a constitué le ciment de communautés politiques qui pacifiaient ou civilisaient leur espace interieur en détournant leur peur et leur agressivité sur l'étranger, le barbare ou l'infidèle , figures d'une altérité jugée menaçante. Cette modalité politique que l'on retrouve dans la tribu, la cité, l'empire, l'état nation a traversé l'histoire mais elle est incapable d'affronter le plus difficile : la division intérieure. Or à l'échelle mondiale où se pose désormais la question du vivre ensemble sur notre planète, ce ne sont pas des barbares extra terrestres qui nous aideront à pacifier notre humanité. C'est notre capacité à traiter notre propre barbarie intérieure, à vivre nos conflits sans violence, à construire nos désaccords pour faire de nos différences des atouts plutôt que des menaces. Nous avons besoin pour ce faire d'une mutation qualitative de notre démocratie qui ne se contente pas de démilitariser la lutte pour la conquête du pouvoir et de remplacer le pouvoir d'un seul ( le monarque, l'empereur, le despote etc.) par celui d'une majorité. Ce sont là, certes, des progrès significatifs mais insuffisants pour traiter positivement les différences et les divergences. Il nous faut d'abord changer notre rapport au pouvoir en rappelant que le verbe pouvoir est un verbe auxiliaire qui s'écrit en minuscule et renvoie à une énergie créatrice  démultipliée par la coopération. C'est un pouvoir DE. Alors que le pouvoir de conquête, le pouvoir SUR, fût-il acquis par les votes plus que par les armes, reste fondé sur des logiques de domination et de peur. Ce changement de rapport au pouvoir nous conduit a cesser de croire que la démocratie se réduit à la loi du nombre. Une infime minorité de personnes, des lanceurs d'alerte ou des visionnaires, peuvent par exemple être porteurs de messages ou d'informations essentiels et il serait grave pour une communauté politique de se priver de cet apport. Mais cela suppose alors de cesser de considérer la différence, l'altérité, comme un problème ou une gêne. Nous devons la considérer au contraire comme une chance. C'est alors autant un processus de changement personnel que de transformation sociétale. 

Ainsi l’engagement a sa part passionnelle qui, si elle permet souvent de franchir les obstacles avec allégresse peut aussi parfois être facteur d’obstruction et amener à construire des murs, mettre des barrières là où il n’y en avait pas. Et oui, c’est un fait, il y a les autres et il y a moi ; ou encore, il y a les autres et il y a moi et ceux qui pensent comme moi.

Chacun de nous, de par son histoire, son éducation et la culture qu’il s’est constituée ou qu’on lui a transmises a forgé un univers plein de convictions et de croyances dans lequel il lui est confortable d’évoluer. Le contenu de cet univers évolue et s’enrichit au cours du temps, au fur et à mesure des rencontres avec d’autres univers. Qui n’a pas fait l’expérience de voir ses certitudes ébranlées par les événements de la vie, des grands ou des petits ? Qui n’a jamais été interpellé  au cours d’une discussion par les propos d’un autre, d’abord en réagissant vivement (« Ah non ! ») et puis, ensuite « et si … » ? 

Seulement, la controverse devient parfois si difficile à accepter que l’on finit par éviter le sujet. C’est ainsi que naissent les tabous et les non-dits : «On ne parle pas de politique à table », « Ah mais, tu ne vas quand même pas remettre cela sur le tapis ! ». Ces « petites » situations qui font partie du quotidien se retrouvent à diverses échelles et elles engendrent des conséquences néfastes  où des camps se montent les uns contre les autres, des collectifs se scindent et où toute l’énergie est alors déployée pour démontrer à l’autre qu’il a tort. Que se passerait-il si cette énergie était utilisée pour construire ensemble, au-delà des logiques de clivage et au final, de pouvoir ? 

 Regarder un désaccord comme une source d’enrichissement et non comme un problème ne va pas de soi. Cela implique d’être dans une réelle posture de rencontre de l’autre et d’accepter d’assagir pour un temps cette part, pleine de certitudes, qui siège en chacun de nous pour qu’elle se mette vraiment à l’écoute des convictions des autres. Il n’est nullement question d’abandonner ses propres convictions mais juste d’accepter qu’elles peuvent être nourries, nuancées, affinées en échangeant avec d’autres. L’autre dit aussi beaucoup de choses de soi-même sans en avoir l’air ! 

Cependant, abandonner ses propres défenses pour aller vraiment à la rencontre de l’autre n’est pas non plus toujours aisé et un cadre de sécurité peut s’avérer nécessaire. C’est ce que propose la médiation par exemple en amenant les diverses parties elles-mêmes, avec l’aide du médiateur, à se fixer un cadre d’échange permettant d’aborder le conflit et le dépasser. C’est ce que propose également la proposition méthodologique de construction de désaccord. 

Cette dernière n’a pas d’autre ambition d’offrir un cadre de travail permettant d’accéder, en toute sécurité à ce qui est au cœur du désaccord, à le qualifier et trouver, malgré les éléments de désaccord, des pistes de travail en commun. Il ne s’agit en rien de régler des conflits interpersonnels, la médiation, la communication non violente et d’autres approches méthodologiques sont là pour cela. Il ne s’agit pas non plus de proposer une autre façon de prendre des décisions en commun ; des alternatives à la prise de décision à la majorité existent : par exemple, la prise de décision par consensus ou encore par consentement. En revanche, la construction de désaccord peut intervenir en amont et permettre  d’enrichir la proposition soumise à décision.

Alors, de quoi s’agit-il au juste ? La méthode de construction de désaccord que nous proposons s’articule autour de trois grandes phases.

1ère phase : Du défrichage au déchiffrage

 Les participants sont alors invités à explorer les termes du désaccord non seulement avec leur mental mais aussi avec leurs ressentis. Qu’y a-t-il de caché derrière les mots qui constituent l’énoncé du désaccord ? C’est ce que l’animateur propose d’explorer à travers un jeu des quatre coins qui invitent les participants à se placer dans l’espace en fonction de ce qu’ils ressentent par rapport aux mots eux-mêmes et d’échanger sur ces ressentis. C’est ainsi qu’est révélé ce que les mots représentent pour chacune des personnes en présence et qu’apparaît la charge émotionnelle qu’ils portent. Commencer ainsi permet ensuite à chacun d’aborder la phase d’émergence des arguments en ayant levé les malentendus potentiels. Maintes réactions, parfois violentes, sont provoquées par un contenu émotionnel resté inconscient et qui, tout à coup, submerge. S’en suit alors une réflexion menée par tous qui mène à l’énoncé des arguments portés par les participants.      

2ème phase : Le traitement du désaccord

Pour être en mesure de traiter le désaccord, il convient d’abord d’identifier clairement ce qui fait l’objet de désaccord au regard des éléments déjà formulés. Car, si dans un premier temps, le désaccord semble pouvoir être formulé en des termes très simples (pour ou contre le thème en question), la première phase permet d’exprimer la diversité de thèmes qui se cachent derrière cette expression simple. Le déchiffrage des arguments, par l’éclatement du thème proposé en de multiples parties permet d’affiner la compréhension de ce sur quoi il y a réellement désaccord. Bien sûr, et c’est l’objet du traitement du désaccord, cela permet aussi d’identifier les points qui semblent incontournables et ainsi constituer des éléments que les participants abordent de façon commune. Certains points peuvent rester en questionnement ; ce sont souvent des éléments sur lesquelles des informations manquent pour prendre position. Ces derniers constituent autant de pistes d’exploration communes pour enrichir le débat.

Ce qui est important ici, c’est de prendre note de tous les éléments. L’idée n’est pas d’obtenir un consensus, elle est vraiment d’enrichir le débat par tout ce qui est porté par les participants, y compris les avis minoritaires qui peuvent, à termes, se révéler être des points très importants posés par des personnes que l’on pourrait qualifier de lanceurs d’alerte.

3ème phase : La conclusion

La conclusion fait synthèse et tente de baliser les prochains pas du groupe pour avancer. Elle permet de rassembler les éléments de traçabilité du débat. Cela permet d’en mesurer l’évolution et de prendre conscience, au fur et à mesure du temps de la progression du groupe. 

 

Cette méthodologie découpée en trois grandes phases n’est qu’une proposition. Elle induit un changement du regard que l’on porte sur les désaccords et donne des pistes pour les rendre féconds. Elle invite à écouter et prendre en considération tous les avis, à s’ouvrir sur l’altérité. 

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